Vive la guerre ?
Le 20 mars est une date à noter dans nos agendas. Le 20 mars 2003, George W. Bush lançait ses troupes à l'assaut de l'Irak. Huit ans après, jour
pour jour, la France prend la tête des opérations dans la guerre contre la Libye. Pardon, l'intervention humanitaire romantiquement baptisée "Aube de l'odyssée". Pas en mon nom !
C'est étrange cet enthousiasme à aller bombarder au nom de la démocratie. Ca me rappelle de mauvais souvenirs. De concert, les grands médias
français semblent pris d'une étrange fierté à annoncer que les avions français sont en tête du cortège, premiers à larguer leurs missiles sur le sol libyen. Quelle gloire. Sarkozy grand défenseur
des peuples arabes opprimés et de la démocratie, au côté de Bernard-Henri Lévy qui déclarait qu'Israël avait l'armée "la plus morale du monde" à la veille de l'assaut contre la flottille
humanitaire pour Gaza ? Il fallait oser y penser. Et si l'on ne croit pas aux bonnes intentions de notre président et de ses amis, peut-on encore soutenir cet acte de guerre ? Les intentions ne
dictent-elles pas les actions ? Espérons qu’à l’avenir, ce président si soucieux du bien-être des hommes ne livrera plus de vilains sans-papiers à leurs dictateurs en les embarquant dans nos
charters. Espérons qu’à l’avenir, il se montrera aussi prompt à dégainer ses avions contre l’armée israélienne qui pilonnent les civils de Gaza ou viole quotidiennement des dizaines de
résolutions des Nations Unies… Ah non, pardon, c’est pas pareil.
La Libye serait le deuxième producteur de pétrole brut en Afrique et celui qui dispose de la plus grande réserve sur le continent. Sans doute un hazard... mais je m’interroge quand même. Il me
semble que la situation libyenne avait viré à la guerre civile. On ne parle pas juste de simples manifestants désarmés face à leur dictateur. Il y a des armes dans les deux camps, et même
semble-t-il aussi des avions de chasse dans le camp des rebels. Même si ce fou de Kadhafi s'est mis contre lui une très grande partie de la population, il semblerait qu'une autre partie ait
décidé de rester dans son camp et soit prête à en découdre, que ça nous plaise ou non, qu’elle soit manipulée ou non, terrorisée ou non. Comme disait une de mes profs d’histoire au lycée : “Si
chaque citoyen a une arme braquée sur lui, c’est qu’il y a autant d’homme derrière pour braquer ces armes”. Est-on sûr de bien comprendre ce qui se trame en Libye, d'être bien informés, avant
d'applaudir à la guerre ?
Sur qui "les garants de la démocratie mondiale" vont-ils tirer du haut du ciel ? Sommes-nous si sûrs qu'ils tireront sur les "bonnes" personnes
? Sommes-nous si sûrs qu'ils éviteront les civils ? Sommes-nous si sûrs qu'ils ne mettront les pieds dans un nouveau bourbier dont la première victime serait la population libyenne ? Sommes-nous
si sûrs que la population libyenne verra un jour les bénéfices de cette guerre ? Je ne pense pas que ces considérations soient le premier souci de nos dirigeants. On peut toujours dire
aujourd'hui “Mais que pouvait-on faire d’autre ?”. Parce qu’il était trop tard, de toutes façons. C’était avant de vendre des armes à ce genre de dictateurs, avant de traiter avec
eux, qu’il fallait y penser. En tirerons-nous des leçons pour l’avenir ? Croyez-vous un seul instant que nos gouvernants interdiront désormais à nos industriels de vendre leurs armes aux
grands dictateurs de la planète ? Bien sûr que non, puisqu'ainsi tourne la terre...celle des grandes puissances.
Et puis tiens, c’est pratique, pendant ce temps, on met un peu en sourdine les fuites radioactives de Fukushima et le débat sur notre futur énergétique et l’avenir du nucléaire...qui, soit dit en passant, incarne une autre grande leçon de démocratie, c’est bien connu.
Débat sur la Libye, lundi 21 mars
dans l'émission "Ce soir ou jamais"
présentée par Frédéric Taddeï, sur France 3 à 23 h.
Mazin Qumsiyeh, l'un des leaders de la résistance non-violente en Palestine, s'interroge lui aussi :
My last question is why did Obama choose to begin bombing Libya on 19 March when his predecessor George Bush
began bombing Iraq 19 March 2003 (three days after Rachel Corrie was murdered)? The US and western-supported massacre of civilians continue in Bahrain, Yemen, and other Arab
countries. We are seeing the struggle intensify. From Sykes-Picot agreements between France and Britain in 1916 and the Balfour and Cambon declarations of 1917 to the
hypocricy of the Obama administration, there is a very long record of Western powers working against democracy in the Arab world (and prop-up a racist apartheid regime implanted
in the midst of this world).
Ci-dessous aussi le point de vue de l’écrivain et réalisateur Mogniss H. Abdallah :
La guerre en Libye, l'occupation militaire étrangère au Bahrein et l'anéantissement des révolutions arabes : Pas en mon nom !
Ainsi donc, le laborieux débat sur l'instauration d'une "zone d'interdiction
aérienne" en Libye a débouché sur une résolution de l'ONU qui constitue un feu vert
pour un engagement militaire international en Libye. Sans "occupation" militaire
terrestre, est-il précisé. Simultanément, l'armée saoudienne et la police émiratie
débarquent au Bahrein pour participer à l'écrasement d'une révolution démocratique et pacifique : un assaut
militaire a été donné mercredi 16 mars 2011 pour démanteler le campement sur la place de la Perle, renommée place Tahrir en référence explicite à la révolution égyptienne. Des hélicoptères ont tiré sur le peuple : il y a des morts, des dizaines de blessés
qui ne peuvent accéder à l'hôpital de Manama assiégé par l'armée et les blindés saoudiens. Le pouvoir instaure la
loi martiale et procède à l'arrestation de figures de l'opposition démocratiques, chiites et sunnites. Au Bahrein donc, on répond à un mouvement de lutte pour les droits civiques par la répression sous occupation militaire étrangère... et sous le regard
de la Vème flotte U.S. qui y dispose déjà d'une base navale.
Certains pays, comme les Emirats-Arabes-Unis qui participent ouvertement à l'occupation militaro-policière du Bahrein, se sont aussi portés
volontaires pour l'intervention internationale en Libye. Ainsi, des régimes directement impliqués dans la répression
dans un pays arabe, prétendraient agir contre répression et massacres dans un autre pays arabe ? Quelle hypocrisie ! Les militants de la solidarité internationale ne peuvent cautionner sous aucun prétexte cette duplicité qui menace
l'avenir des révolutions démocratiques en cours dans l'ensemble du monde arabe, arabo-berbère et
africain.
En tout cas, et au-delà de la nécessaire évaluation des intérêts
géo-stratégiques complexes en jeu, nous devrions nous interroger sérieusement sur notre rôle dans la situation actuelle.
Comment pourrions-nous nous réjouir devant la militarisation croissante en Libye et ailleurs ?
Je voudrais le dire franchement aux amis libyens sincères dans leurs aspirations à la liberté : nous condamnons
inconditionnellement les massacres des populations en Libye par Kadhafi et son régime. Mais je suis outré par les
slogans "One, two, three, Viva Sarkozy" clamés à Benghazi, et par l'association du Conseil National de transition avec le va-t-en-guerre
Bernard Henri Lévy. Amis libyens, je voudrais aussi vous entendre condamner clairement les exactions racistes et les
menaces à grande échelle à l'encontre des migrants noirs africains, égyptiens et autres, qui composent 1/4 de la
population du pays. Je voudrais vous voir soutenir l'ensemble des peuples en lutte, à commencer par ceux du Bahreïn et du Yémen, aujourd'hui
victimes d'une répression terrible menée avec la complicité directe de ceux qui prétendent par ailleurs vous venir en
aide.
Amis de la solidarité internationale, lorsque nous soutenons le peuple libyen, ne taisons pas notre solidarité avec les luttes de tous les peuples
arabes. Et n'ayons pas peur du débat contradictoire entre nous, y compris
avec nos camarades libyens. Pas d'unité à minima ! Ne soyons pas complices de la balkanisation de la Libye et des pays de la région.
Souvenons-nous aussi du précédent d'une Somalie démantelée sous les auspices d'une intervention
militaro-humanitaire internationale sous le joli nom de "Restore hope", Restaurer l'espoir...
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